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Des mesures nationales de protection contre Xylella fastidiosa

 

Le 3 avril 2015, le ministre en charge de l’agriculture informait par communiqué de presse de la signature d’un arrêté interdisant l’importation en France de végétaux sensibles à Xylella fastidiosa et provenant de zones touchées par cette bactérie. Actuellement, c’est la décision 2015/789 du 18 mai 2015 relative à des mesures visant à éviter l’introduction et la propagation dans l’Union de Xylella fastidiosa (Wells et al.) qui le remplace.

Qu’est ce que Xylella fastidiosa ?

La bactérie Xylella fastidiosa est un organisme polyphage qui peut affecter plus de 200 espèces végétales appartenant à 50 familles botaniques.

Ce pathogène est connu outre Atlantique comme agent de la maladie de Pierce qui a fortement touché les vignobles californiens dans les années 1990. Il est également responsable de la « chlorose variégée » des plantes du genre citrus au Brésil à la fin des années 1980.
C’est ainsi un pathogène de la vigne, des agrumes, des prunus, du café, de l’avocat, de la luzerne, du laurier rose, du chêne, de l’érable...
Cette bactérie est transmise et dispersée par des insectes vecteurs (cicadelles, cercopes des prés).

Elle est présente sur le continent américain, à Taïwan et en Italie. Elle est absente du territoire français.

Quelles informations sur le foyer Italien ?

En Italie, le premier signalement a été fait en octobre 2013. Toutes les contaminations se sont limitées à ce jour à la région des Pouilles. Le séquençage de la bactérie a été réalisé. Il s’agirait d’une souche proche de la sous-espèce pauca. La bactérie a pu être isolée en culture, ce qui devrait permettre la réalisation de tests de pathogénicité. Les espèces sur lesquelles des symptômes visuels ont été observés avec confirmation par analyse sont à ce jour l’olivier, le laurier-Rose, le chêne, le merisier, l’acacia, le spartier, ainsi que deux espèces ornementales (Polygala myrtifolia et Westringia fructicosa). La vigne et les agrumes ne seraient pas des hôtes de cette souche.

Quels moyens de lutte disponibles ?

En cas d’introduction de la bactérie, les seuls moyens de lutte disponibles sont les suivants :

  • arrachage des plantes hôtes infectées sur une zone plus large que celle initialement identifiée du fait de la latence de la maladie (cultures concernées et plantes de l’environnement),
  • désinfection des instruments de coupe,
  • traitement insecticide ou lutte biologique contre les insectes vecteurs,
  • dans le cas des cultures protégées, réalisation d’un vide sanitaire accompagné d’une désinfection de structure.

Quelles mesures réglementaires ?

Ce pathogène est listé dans l’annexe IA1 de la directive européenne 2000/29/CE relative aux mesures de protection contre l’introduction et la propagation dans l’Union européenne d’organismes nuisibles aux végétaux : son introduction et sa dissémination sont ainsi interdites sur le territoire européen.

Au niveau français, il est inscrit en liste A de l’arrêté du 31 juillet 2000 établissant la liste des organismes nuisibles aux végétaux de lutte obligatoire : sa lutte est ainsi rendue obligatoire en tout lieu.

Il est en outre danger sanitaire de catégorie 1 en application de l’arrêté du 15 décembre 2014.
Les dangers sanitaires de catégorie 1 sont ceux qui étant de nature, par leur nouveauté, leur apparition ou persistance, à porter une atteinte grave à la santé publique ou à la santé des végétaux ou à mettre gravement en cause, par voie directe ou par les perturbations des échanges commerciaux qu’ils provoquent, les capacités de production d’une filière végétale, requièrent, dans un but d’intérêt général, des mesures de prévention, de surveillance ou de lutte rendues obligatoires par l’autorité administrative

En février 2014, au vu de la situation des Pouilles (Italie), des mesures d’urgence ont été prises au niveau européen. Le 23 juillet 2014, la décision d’exécution 2014/497/UE de la Commission européenne, aujourd’hui abrogée par la décision 2015/789, a été adoptée pour renforcer ces mesures visant à empêcher d’autres introductions ainsi que la propagation dans l’UE de Xylella fastidiosa.

Le 2 avril 2015, le ministre en charge de l’agriculture a signé un arrêté interdisant en France l’importation et la circulation de végétaux spécifiés en provenance de pays non indemnes, abrogé suite à la publication le 18 mai 2015 de la décision européenne 2015/789 relative à des mesures visant à éviter l’introduction et la propagation dans l’Union de Xylella fastidiosa (Wells et al.).

Les mesures prévues sont notamment :

  • l’interdiction de l’introduction des plants de caféiers originaires du Costa Rica ou du Honduras.
    Ceux introduits dans l’Union avant la mise en application de la décision ne pourront pas être déplacés que par des opérateurs professionnels qui en ont informé préalablement l’organisme officiel responsable.
  • la déclaration obligatoire de tout symptôme suspect auprès des services officiels,
  • la mise en place de plan de surveillance des végétaux spécifiés dans les États membres,
  • la définition de deux listes de végétaux sensibles : les végétaux "spécifiés" (sensibles aux isolats européens et non européens de la bactérie) et les végétaux "hôtes" (sensibles aux isolats européens de la bactérie).

Quel plan d’action ?

Le Ministère chargé de l’Agriculture propose un plan d’action visant à :

1. Prévenir l’entrée du pathogène et le détecter le cas échéant au plus vite
Des contrôles renforcés à l’importation des végétaux et produits végétaux au niveau des points d’entrée communautaires sont mis en place.
Un plan de surveillance renforcé, décrit dans la note de Service DGAL/SDQPV/2015-449 du 13 Mai 2015, est mis en place. Il comprend une surveillance programmée dans le cadre des inspections du passeport phytosanitaire européen et des plans de surveillances d’organismes nuisibles réglementés et une surveillance événementielle dans le cadre du réseau épidémiosurveillance (l’organisme à vocation sanitaire végétal, la Fredon, mais aussi le réseau Ecophyto, santé des forêts, autres réseaux de relais locaux).

2. Se préparer à gérer une contamination
Pour se donner les moyens de réagir vite et bien, il convient de développer notre connaissance de l’organisme ainsi qu’une réflexion sur le développement de moyens de lutte : un travail sur la caractérisation de l’espèce Xylella fatidiosa, ainsi que la spécificité hôte-pathogène a été confié à l’INRA et à l’ANSES.
Un plan d’urgence, à adapter régionalement en cas de foyer, sera préparé, en concertation avec les services en charge de la protection des végétaux volontaires et des acteurs professionnels, et en lien avec le CNOPSAV. Une réflexion est engagée sur la question des indemnisations liées en particulier à la destruction des plantes infectées.

3. Mobiliser les acteurs et communiquer
Les professionnels du secteur seront régulièrement informés sur l’évolution de la situation phytosanitaire et le plan d’action, via les instances de consultation adaptées. Une note nationale d’information sera mise à jour et publiée dans les bulletins de santé du végétal en tant que de besoin, a minima deux fois par an. Une réflexion sur l’évaluation de l’impact économique potentiel d’une contamination est engagée en concertation avec les professionnels.
Pour le grand public, des éléments de communication seront diffusés sur le site des DRAAF, MAAF, et ainsi que des affichages dans les aéroports et gares maritimes : l’objectif est de mettre en alerte sur le risque élevé d’introduction de la bactérie par les flux de végétaux amateurs.